Smartphone Amazon : un modèle fermé, mais un modèle quand même ?

Smartphone Amazon : un modèle fermé, mais un modèle quand même ?

[quote]Par Corinne Estève-Diemunsch, Directrice Marketing & Communication de Limonetik[/quote]

Le 28 avril dernier, après des mois de rumeur, Amazon a lancé son Fire Phone.
Évidemment, Jeff Bezos l’a présenté avec son talent habituel.
Évidemment, le modèle a été décortiqué par la presse spécialisée, et son écran 3D a suscité étonnement et, un peu, d’admiration.
Évidemment, il a été comparé à ses concurrents directs de chez Apple, Samsung ou Nokia, pour ne citer que les marques majeures des 3 OS mobiles principaux.
Évidemment, étant donné que c’est un produit Amazon, les critères attendus sont “prix concurrentiel” et “livré rapidement”.

Mais Amazon n’a pas lancé un téléphone. Preuve en est qu’ils n’ont guère insisté sur ses capacités techniques, au contraire des habitudes du secteur ; autant le dire, nous sommes habitués à la course aux megapixels, aux pouces d’écran ou aux couleurs de coques.
Amazon a lancé un terminal qui permet d’accéder immédiatement à un maximum de contenus en streaming, vidéo ou audio, appelée Prime.
Amazon a inventé un scanner de code-barres qui permet d’acheter et de se faire livrer depuis le plus grand magasin du monde.
Enfin, Amazon a sorti un objet connecté dont les acheteurs n’auront plus à se soucier de leur consommation de données, élément de choix aux Etats-Unis où les forfaits Data sont encore chers.
Dernier détail : cet appareil permet aussi de téléphoner et d’envoyer des mails, Youpi !

C’est évidemment une rupture en matière de modèle économique.
Le Fire Phone, disponible pour l’instant aux États-Unis, est vendu entre $0 et $649, selon le plan choisi avec l’opérateur partenaire, AT&T.
Nous connaissions les téléphones à 1€, en échange d’un engagement de 24 mois à un forfait haut de gamme ; Free est venu casser le marché avec ses forfaits à 2€ ou 19,99€, et le téléphone au prix fort. Les autres opérateurs ont suivi.
Amazon parviendra-t-il à subventionner l’achat et la consommation de données par l’extrême facilité d’achat de ses produits, selon le principe aTaWaD (anyTime, anyWhere, any Device) ? Le modèle qu’ils ont adopté pour leur gamme de tablette Fire est similaire : tablette bon marché, en échange d’un accès à une seule bibliothèque de contenus, où les marges sont très élevées.

Alors comment vont réagir les consommateurs français ? L’image d’Amazon est un peu brouillée, entre les créations d’emplois par centaines et les conditions de travail très difficiles dépeintes par un journaliste du Monde, la réticence aux monopoles et la séduction du géant, « les paris sont ouverts »…

 

Enfin, pourrait-on imaginer un DartyPhone, ou un FNACPhone ? Le premier a déjà sorti un objet connecté à ses couleurs, en lien total avec son positionnement de spécialiste du SAV. Mais il n’a aucun contenu culturel à proposer, au contraire de la FNAC, qui a ses propres bibliothèques audio. C’est probablement cette enseigne qui est la plus proche d’Amazon en matière de profondeur et de largeur de gammes, ainsi qu’en matière d’objets et de services aux couleurs de la marque. Kobo VS Kindle, FNAC Jukebox VS Amazon Music, par exemple. Mais de là à ce que la FNAC sorte son téléphone, le pas est encore grand.