Moyens de paiement « alternatifs » : de quoi parle-t-on ?

Moyens de paiement « alternatifs » : de quoi parle-t-on ?

[quote style= »boxed »]Interview de Christophe Bourbier, Président co-fondateur de LimonetikLimonetik[/quote]

Julien Guerrand, community manager meetthepayment.com : Bonjour Christophe ! Lors de notre dernière interview nous avions évoqué l’importance des nouveaux moyens de paiement pour les voyagistes… sans évoquer ce qui entrait – ou n’entrait pas – dans ce champ de “moyens de paiement alternatifs”. Peut-on s’accorder sur une définition ?

Christophe Bourbier : C’est une question compliquée. La notion d’alternatif” n’est pas bonne car elle sous-entend qu’il existe des moyens de paiement standardisés et normés, tandis que d’autres ne le seraient pas.

JG : Quel(s) terme(s) serait plus approprié(s) dans ce cas ?

CB : On pourrait les qualifier de nouveaux, de complémentaires, mais pour rentrer précisément dans la définition il faut balayer l’ensemble de ces solutions de paiement. Les cartes cadeaux, les points de fidélité, les chèques papier, les wallets, les moyens de paiement mobiles comme Buyster ou MasterPass, etc. : toutes ces solutions ont en commun d’être utilisables aujourd’hui sur le web ; pour autant peut-on dire qu’ils sont des moyens de paiement alternatifs ?

JG : Pourquoi ne le seraient-ils pas ? On peut quand même les qualifier d’innovants, non ?

CB : Oui d’un point de vue de communication, pas tant que ça d’un point de vue monétaire. Le wallet, par exemple, est un “enrobage” de services autour de moyens de paiement dont la carte bancaire. La notion d’alternatif est donc biaisée puisque le système bancaire demeure présent dans le cas des wallets. On est dans ce cas dans une nouvelle façon de payer, un nouvel usage, et non dans un moyen de paiement alternatif. Dans le cas de moyens de paiement prépayés, il est rare que le montant de l’achat tombe exactement sur le solde ; il faut donc compléter par une carte bancaire par exemple.

JG : Dans ce cas, qu’est-ce qui entre dans ce champ, et qu’est-ce qui n’y rentre pas ?

CB : Pour tendre vers l’exhaustivité, on peut lister 6 grandes familles dans le monde des nouveaux moyens de paiement :

  • les wallets : ex : V.me, Master Pass, Zapp (uk), yapital (Allemagne), Isis & Google Wallet (us), Buysteret les derniers sortis tels que blumimum ou paylib ou flash and pay,
  • les facilités de paiement : ex : Cofidis, oney, Cofinoga, …
  • les cartes prépayées : ex : Ticket Kadeos, Illicado ou encore Spirit of Cadeau, Ukash, Paysafecard,
  • les vouchers : ex : Chèques-Vacances ANCVou les chèques Thomas Cook, chèque cadeaux tir groupé ou Cadhoc,
  • le direct debit (peu utilisé en France) : ex : SafetyPay, Sofort, Giropay,
  • et enfin les solutions de « collecting » ou paiement social, comme Buybox, Lily liste, Leetchi ou en encore les cartes cadeaux distribuées via Facebook telles que Wrapp

JG : Pourquoi ne connaissent-elles pas toutes le même succès en France ? Un problème de législation ?

CB : Le développement de Limonetik dans les autres pays d’Europe nous permet de bien comprendre les spécificités Françaises. Une raison purement économique freine leur déploiement : le paiement par carte bancaire, dans notre pays, est finalement très bon marché pour les commerçants. La preuve en est que le seuil de paiement baisse régulièrement, et on trouve de plus en plus d’enseignes qui acceptent les règlements par carte bancaire dès 1€. Il n’en coûte que 0,3 ou 0,4% au commerçant, là où il lui en coûterait 3 ou 4% en Belgique par exemple. PayPal, en France, est plus cher que la carte bancaire, ce qui est une exception à l’échelle des 15 premiers marchés mondiaux. La traction que nous observons sur les paiements alternatifs dans les autres pays est beaucoup plus forte.

JG : Merci Christophe pour ces éléments qui, à défaut de nous faire aboutir à une définition unique, permettent au moins de catégoriser les nouveaux moyens de paiement !

CB : Nous y travaillons… A une prochaine fois !