Dématérialisation des chèques papier : une exception française qui dure

Dématérialisation des chèques papier : une exception française qui dure

[quote style= »boxed »]Par Corinne Estève-Diemunsch, Directrice Marketing & Communication de Limonetik[/quote]

En plus des retournements de situation improbables en football (;-)), la France a une autre spécialité : l’utilisation de chèques sur support papier.

En effet, selon des chiffres de la Banque de France, les chèques représentaient 56,6% du volume des moyens de paiement utilisés en 1991, 25,6 % en 2006 pour finalement tomber à 18,2 % en 2010 ; un niveau sans égal en Europe… et dans quelles proportions : 66% des paiements par chèque émis en Europe sont effectués en France ! Ils représentent 3 122 millions de chèques émis pour une valeur de 1 828 milliards d’euros, soit une moyenne de 585 euros par chèque.

Si cette part de marché a une certaine tendance à baisser, c’est encore insuffisant selon le projet SEPA de Bruxelles, qui vise à normaliser les moyens de paiement entre les pays : virements, prélèvements et cartes de paiement y seront autorisés. Le chèque, pour le moment, ne fait pas partie des plans d’harmonisation des moyens de paiement envisagés par l’Union Européenne.

Un moyen de paiement ancré dans les habitudes françaises.

Depuis 2002, les banques ne font plus transiter de chèques entre elles ; elles utilisent seulement l’EIC – l’Echange d’Image Chèque, à savoir une capture numérique du chèque. Elles ont, de fait, au regard du coût de traitement de 50 centimes à 1 euro par chèque environ, tout intérêt à promouvoir les autres moyens de paiement tels que le virement, le prélèvement et la carte bancaire.

Georges Pauget, co-auteur en 2012 d’un rapport sur les moyens de paiement utilisés en France, souligne ainsi que “les paiements en liquide ou par chèques induisent des coûts de gestion élevés pour les banques et grèvent ainsi leur capacité à investir pour préparer les moyens de paiement d’avenir”.

Ce n’est qu’en 2006 que le nombre de transactions réglées par carte bancaire a dépassé celui de règlements par chèques !

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L’objectif du rapport est clair : “fixer au plan national pour 2017 un objectif intermédiaire de réduction de moitié en cinq ans du nombre de chèques émis en France.

Le chéquier gratuit, un avantage pour les ménages à faible revenu. Et le « compte Nickel » ?

Le nombre de citoyens inscrits au Fichier Central des Chèques – nom administratif d’une procédure plus couramment appelée l’interdiction bancaire – a beau baisser depuis 2008, ils sont encore 1 374 417 en 2012. Pour ces personnes, la création du compte Nickel répond au besoin de pouvoir bénéficier d’un compte bancaire sans frais excessifs, entre autre par le biais de cartes bancaires à autorisation de prélèvement (Maestro chez MasterCard, Electron chez Visa). Évidemment, le compte Nickel ne propose pas de chéquier à ses bénéficiaires.

Un autre avantage de cette solution alternative : c’est un buraliste qui s’occupe de l’ouverture du compte dont toute la gestion se fait en ligne. Cela est également synonyme d’accessibilité : dans les zones à faible tissu économique, où la première banque peut se trouver à plus de 45mn, un buraliste sera plus rapidement accessible.

La question n’est donc pas de savoir si les chèques vont disparaître, mais plutôt quand ils vont cesser de circuler. Les entreprises sont les premières à devoir montrer l’exemple : elles sont encore de grandes consommatrices de chèques et représentent 20% des chèques émis, en particulier dans les TPE :

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Source : Étude réalisée par Edgar, Dunn & Company pour le Comité consultatif du secteur financier

Et vous, êtes-vous prêts à ne plus utiliser les chèques ?