Assurances : des tarifs personnalisés en échange d’un maximum de données

Assurances : des tarifs personnalisés en échange d’un maximum de données

Facebook est constellé de « performances » personnelles que l’on n’aurait pas eu idée de mettre en avant sans une application dédiée. Avec les appli e-santé, chaque jour, votre smartphone (Androïde) vous dit combien de pas vous avez effectué ; vous avez même une petite « récompense » en cas d’atteinte d’objectif ! Scannez les codes-barres de ce que vous mangez et faites un bilan hebdomadaire, vous aurez des conseils personnalisés.

Ces objets connectés, ces applications qui ont une vocation de personal coaching, peuvent avoir un intérêt direct pour votre assureur. Bienvenue dans le monde de l’e-santé connectée, et attention à ce que vous buvez en lisant cet article, vous êtes surveillé !

Julien Guerrand, community manager meetthepayment.com : Ludovic, nous avions parlé ensemble lors d’un précédent article de l’évolution de la relation client / assuré sous l’angle des moyens de paiement. Aujourd’hui, nous allons voir ça sous un angle un peu plus polémique, avec la fameuse question des données… et son corollaire : la vie privée.

La digitalisation de notre vie quotidienne va-t-elle faire exploser nos primes d’assurances ?

Ludovic Estèves, responsable Business Development moyens de paiement et offre commerciale du secteur Banques / Assurances chez Limonetik :

Ce n’est pas aussi simple. Partager un maximum de données avec son assureur via son smartphone ou des boîtiers dédiés peut influer sur la prime, au regard du risque pris par l’assuré. Mais n’oublions pas l’indispensable accord de l’assuré pour partager ses données. Et cet accord peut devenir un argument pour aider à faire baisser la prime, comme dans le cas de l’assurance automobile.

Pour moi, le côté plus sombre dans le recueil des données est dans le goût qu’on les assureurs pour le prédictif. Là, pour un enjeu majeur comme l’e-santé, il y a de quoi se poser des questions !

JG : Que faut-il comprendre dans le prédictif ?

LE : Le métier d’un assureur est d’évaluer un risque. En fonction de ce risque, il fixe un montant de prime. Imaginez que votre assureur recueille des données sur tout ce que vous mangez et buvez : rien de plus facile pour lui que d’augmenter votre prime mensuelle car vous avez mangé trop riche, et bu un peu trop ! Votre comportement, sur la durée, représente un risque de maladie, donc de remboursement, donc de baisse de rentabilité pour l’assureur.

L’assureur, dans cet exemple de fiction, croiserait les données de votre profil, c’est-à-dire votre historique d’assuré, avec des données temps réel, pour en extraire un coefficient de risque. Rassurons-nous, il est évidemment encore trop tôt pour qu’on en soit là, d’autant que le volume de données à traiter est encore considérable pour chaque individu.

JG : Une fois de plus, Minority Report frappe à notre porte… En dépit de cette vision un peu anxiogène, quels sont les bons côtés de cette digitalisation de la relation assureur / assuré ?

LE : Plus qu’une digitalisation, c’est une individualisation ou personnalisation poussée que nous vivons grâce au numérique. Elle apporte évidemment de nombreux avantages. Gérer son budget assurances sera plus commode. L’assureur pourra développer de nouveaux services avec les assurés qui accepteront de partager leurs données e-santé. Prévention et conseil deviendraient de vrais leviers d’amélioration de la relation client/fournisseur – assuré/assureur.

JG : Mais comment les assureurs peuvent-ils fiabiliser leurs analyses ? La marge d’erreur est forcément importante !

LE : Par le volume. Un assureur qui récolterait les données de la majorité de ses clients aurait à sa portée une base de données suffisamment représentative pour tendre vers la fiabilité. Confrontées aux recommandations officielles du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) , ces données deviendraient vraiment fondamentales pour renforcer le rôle de conseil de l’assurance. Là encore, c’est du prédictif !

JG : C’est certain. Quels autres avantages y a-t-il à cette individualisation de la relation ?

LE : Une meilleure communication, ou tout du moins plus d’occasions de communiquer. Dès lors qu’un assureur a des occasions d’échanger avec son assuré à un autre moment que lors d’un sinistre, il a l’occasion de jouer ce nouveau rôle de conseil et de prévention.

JG : Merci Ludovic pour cet éclairage. On se retrouve très vite pour parler du rôle de Limonetik dans cette évolution de la relation.

LE : Très bien, à bientôt donc.