A bâtons rompus avec Jérôme Connac – partie 1 « Seul le mobile pourra booster le marché des nouveaux moyens de paiements »

A bâtons rompus avec Jérôme Connac – partie 1 « Seul le mobile pourra booster le marché des nouveaux moyens de paiements »

Co-fondateur et directeur Business Development de Limonetik, plateforme de paiements enrichis en mode SaaS, Jérôme Connac suit de près le marché très bouillonnant des moyens de paiement alternatifs. Autant dire qu’il est aux premières loges de cet environnement où les initiatives s’entre-choquent, les unes effaçant parfois les autres. Au point que certains acteurs s’y perdent, sans parler des consommateurs et des clients.  Pour y voir plus clair, Assurance & Banque 2.0 a entrepris de l’interroger sur les tendances, pratiques et travers de ce marché naissant où les nouveaux entrants semblent dicter la loi de l’innovation, leur objectif étant de s’approprier la fonction principale de l’expérience client pour le fournisseur : le paiement. Qu’en pensent les banques traditionnelles historiquement au cœur de ce processus ? Comment réagissent-elles ? Quid de l’avenir des portefeuilles électroniques ? La parole est à un expert qui ne mâche pas ses mots.

photoEM-2Propos recueillis par Emmanuel Mayega

 

 

 

Assurance & Banque 2.0 : Votre fonction de directeur du Business Development au sein de Limonetik vous offre un poste de vigie exceptionnel sur le marché des nouveaux moyens de paiement. Quel regard y portez-vous ?

Jérôme ConnacJérôme Connac : Ces deux dernières années, le marché des nouveaux moyens de paiement s’est fortement emballé. A l’instar des innovations technologiques sur le Net et l’évolution du commerce électronique, les moyens de paiement électroniques ont dû suivre le mouvement. On a vu ainsi naître de multiples initiatives en termes de supports de paiement. Sans pour autant que l’existant en pâtisse. Car comme le rappelait un de mes clients récemment, les moyens de paiement ont la vie dure et ne meurent pratiquement jamais.

Au-delà de cette remarque somme toute vérifiable sur le terrain, il me semble que l’innovation soutenue dans ce domaine n’est plus à démontrer. En revanche, une interrogation s’impose en la matière : sont-ils time-to-market ? En d’autres termes, arrivent-ils au bon moment sur le marché ? Les derniers en date à faire irruption sur le marché s’appellent blumimum,  Paylib ou FlashN’Pay. Font-ils pour autant un carton ? La question mérite d’être posée. En fait, ils arrivent sur un terrain encore à labourer. Selon moi, les consommateurs, et c’est le plus important, en verront une utilité concrète quand le multicanal atteindra réellement sa maturité en France comme dans les autres pays du Vieux continent.

A&B. 2.0 : Comment dans ce cas expliquez-vous la montée en puissance des initiatives prises par les e-commerçants en vue d’intégrer les moyens de paiement électroniques ?

J. C. : Effectivement, à en juger à travers le prisme du nombre de projets conduits par ces sites marchands de grande envergure, l’on serait tenté de parler d’une généralisation des nouveaux moyens de paiement dans l’expérience des consommateurs. Erreur ! En fait, ces acteurs veulent prendre date sur un marché où les premiers venus engrangeront certainement les bénéfices les plus importants, sous la forme d’une prime au premier venu. Pour eux, il s’agit clairement de repenser le fameux parcours client. Dans cette logique, le mobile va jouer un rôle déterminant.

A&B. 2.0 : Lequel ?

J. C. : Désormais accessible à toutes les couches de la population, le téléphone mobile a la particularité de rendre les nouveaux moyens de paiement simples et sécurisés. Grâce au multicanal généralisé, ils deviendront incontournables. En attendant un support commun, chacun crée son réseau d’acceptation. Une telle approche segmentée ne peut pas perdurer. Une nouveau moyen de paiement, fut-il alternatif, doit être acceptable par un grand nombre de porteurs pour être efficace. Dans cette logique, les paiements mobiles ne prendront leur essor qu’une fois que les commerçants auront mis en place une stratégie multicanal et c’est uniquement à cette condition que le mobile gagnera sa place dans l’univers du paiement. Avant cela, parier sur le fait que le mobile puisse être un moyen de paiement pour un canal unique (web ou physique) est selon moi une mauvaise stratégie de déploiement car, dans la réalité, la carte ou un identifiant/mot de passe font très bien l’affaire des consommateurs et des marchands. Mais avant d’en arriver à une explosion du paiement mobile, les magasins, qu’ils soient physiques ou online, doivent s’équiper. C’est pourquoi je pense que le Time to Market de ce type de moyens de paiement n’en est qu’à son début. Pour aller encore plus loin avec ce type de paiement, je ne doute pas qu’il va être à la source de nouveaux liens avec les wallets électroniques car il permettra d’aller au-delà du paiement en proposant d’autres services.

A&B. 2.0 : Certes ce marché est naissant. Pour autant, dispose-t-on de données permettant de quantifier et d’évaluer l’économie d’un tel secteur ?

J. C. : Quelques chiffres existent pour le marché français. Cet écosystème est encore embryonnaire. Et pèse quelques millions d’euros de transaction par mois. Les multiples acteurs qui y interviennent connaissent des fortunes diverses. PayPal reste le leader incontesté. A ce titre, il bénéficie de la prime de premier venu que j’ai évoqué plus haut. Fort de son assise, le groupe n’attend pas ses concurrents et multiplie des initiatives pour se développer davantage. En fait, il a engrangé une avance sur ses compétiteurs qui lui permet de rester, pendant longtemps, la tête de pont de ce marché des moyens de paiement alternatifs à la carte bancaire.